Home / Afrique du Nord / Algérie / L’argent algérien de la corruption est à Panama
L’argent algérien de la corruption est à Panama

L’argent algérien de la corruption est à Panama

Surveillé par le FBI et la CIA, l’argent algérien de la corruption est à Panama
L’essentiel de l’argent détourné en Algérie est déposé à Panama. Les sommes concernées, plusieurs milliards de dollars, sont particulièrement surveillées par le FBI et la CIA qui soupçonnent leur éventuelle utilisation dans des circuits terroristes. Les instances policières et les services de renseignements américains connaissent les noms des propriétaires de comptes ouverts dans ce paradis fiscal, si l’on croit Djilali Hadjadj, responsable de Transparency international en Algérie.
Dès que l’on parle de Panama, cela évoque immédiatement la corruption et le scandale qui éclate, à la fin du XIXe siècle, à propos du canal percé par Ferdinand de Lesseps pour relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Une grande œuvre que l’on pourrait, toute proportion gardée, comparer à notre autoroute Est-Ouest dont le coût de construction aura plus que doublé à la fin des travaux en 2016, initialement prévue en 2010, passant de 7 milliards de dollars à près de 15 milliards. Cet ouvrage gigantesque réalisé par des entreprises multinationales chinoises a, selon les spécialistes de la lutte contre la corruption, généré, au bas mot, 1 à 2 milliards de dollars de bakchich placés à Panama, ce tout petit pays situé à l’extrémité sud de l’Amérique centrale, devenu un des paradis fiscaux les plus prisés par les corrompus du monde entier.
Cette affaire de l’autoroute Est-Ouest qui n’a pas encore livré tous ses secrets – la justice algérienne dont nous connaissons l’indépendance à ouvrir des informations judiciaires n’est pas près de nous les révéler – est emblématique du niveau que la corruption a atteint dans notre pays durant ces quinze dernières années. Djilali Hadjadj, qui a fait de la lutte contre la corruption son combat, signale Panama comme la destination de l’argent volé aux Algériens par des responsables qu’il cite dans un entretien à Jeune Afrique : «le ministre des Travaux publics, des cadres de son ministère, l’ancien ministre de l’Energie, des dirigeants des entreprises Sonatrach et Sonelgaz».
A le croire, les sommes impliquées sont colossales, dépassant 15% des marchés accordés de gré à gré. Dernier exemple en date : l’exploration pétrolière en mer ainsi que l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste accordées sans autre forme de transparence et sans qu’aucun appel d’offres international n’ait été lancé à une entreprise, ENI, dont la filiale Saïpem a été prise en quasi flagrant délit de corruption en Algérie, littéralement saignée à blanc par ses dirigeants et ses gestionnaires. Par exemple, en une dizaine d’années, ces derniers se sont distribués, dans le seul marché attribué à l’entreprise canadienne SNC-Lavallin, 10 milliards de dollars.
Ces faits accablants sont prouvés sans que les autorités algériennes aient diligenté aucune enquête. Au contraire, les auteurs de ces concussions, qui se poursuivent à une plus grande échelle encore face à l’impunité dont ils bénéficient, sont, souvent – lorsqu’ils ne sont pas maintenus à leur poste, à l’exemple de Amar Ghoul sur lequel pèsent de graves accusations, ou promus, à l’instar de Chérif Rahmani, inamovible au gouvernement – récompensés, d’une manière ou d’une autre, par des postes de « sénateurs » ou d’ambassadeurs.
Ce laxisme de l’Etat n’appliquant même pas les lois, sans consistance véritable, il faut le dire, punissant les faits de corruption est compris par la société comme un encouragement à piller sans vergogne les ressources du pays. « Enrichissez-vous ! », disent implicitement les plus hauts dirigeants du pays, qui se sucrent sans limite, non pas par le travail mais par la rapine. Djilali Hadjadj dénonce, à juste titre, «les mesures et les décisions qui favorisent la concussion dans l’octroi des marchés publics prises en Conseil des ministres».
Les Algériens, qui éprouvent les plus grandes difficultés à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, ne sont pas dupes que le mal vient d’en haut et que, sans changement de système, aucune personnalité de premier plan ne serait poursuivie par la justice.
En tout cas, très attentives à ce qui se déroule à Panama, qu’ils surveillent pour de multiples raisons (drogue, terrorisme…), les Etats-Unis, qui confirment tacitement que des fonds importants ont été déposés dans ce paradis fiscal par des Algériens, pourraient être amenés à intervenir si cet argent sale venait à servir à des actions terroristes.
Djilali Hadjadj affirme que les Américains, sans doute le FBI, « [lui] ont indiqué qu’ils rest[aient] vigilants quant à l’usage de ces fonds, susceptibles d’être détournés dans les circuits terroristes».
L’accusation d’une éventuelle connivence entre des corrompus algériens, qui ont élu domicile bancaire à Panama, et des groupes terroristes dont l’identité n’a pas été donnée est très claire. Les noms des propriétaires de comptes ouverts dans ce paradis fiscal sont, à n’en point douter, connus du FBI et de la CIA, qui pourraient, à la moindre incartade, geler les fonds qui y sont déposés. La pression exercée sur les personnalités politiques algériennes impliquées est tout aussi claire.
Par: Brahim Younessi

About Amazigh AQVAYLI

Amazigh AQVAYLI
Citoyen du monde

Commentaire

Scroll To Top